Entretien avec Carl Bastien

De collaborateur à brillant compositeur

       L'intarissable rat de studio et grand manitou de la production québécoise Carl Bastien s'offre finalement un cadeau : son premier album solo. En ce faisant, il nous en offre un à nous aussi, masse avide de cette musique intéressante et particulière qui jaillit graduellement de la scène musicale au Québec avec Daniel Bélanger, Ariane Moffatt, Marc Déry, Dumas, Freeworm et compagnie. Rappelons que tous ces artistes ont quelque chose en commun : la participation active de Carl Bastien. Cette fois, avec Stone County Players, c'est lui qui prend les rênes.
 

    Élevé dans un milieu bilingue à Buckingham (en Outaouais et non au Royaume-Uni), Bastien a grandi au son des Beatles, Donovan, The Who et Pink Floyd. Déjà, très jeune, il se montait des films muets auxquels ils composaient des trames sonores imaginaires. Trop sociable et indiscipliné, il a tôt fait de réaliser qu'il n'était pas fait pour une formation classique. Le chemin était tracé, Carl Bastien allait devenir le marginal touche-à-tout aux multiples talents encore méconnu du grand public.

   Après s'être fait remarquer en tant que bassiste pour Jean Leloup, son premier projet de réalisation fut le controversé Déflaboxe de Daniel Bélanger, qui devrait finalement voir le jour en novembre après plusieurs fausses sorties. Depuis, Bastien a participé à un bon nombre d'albums tous acclamés des critiques dont Rêver mieux (aussi de Daniel Bélanger) qui lui a valut plusieurs prix Félix. Inspiré par la tournée avec Bélanger, il décide finalement de mettre sur pied son propre projet datant maintenant de quelques années mais peaufiné à temps perdu.

   Pourtant, ce projet était à la base de tout ce chemin qu'a entrepris Bastien il y a maintenant 6 ans. " J'avais décidé, avant même de commencer ces collaborations-là, de faire un disque ", avoue-t-il. Pour lui, les contributions n'étaient qu'une introduction à la scène musicale, un tremplin pour acquérir la confiance qui lui manquait au départ. Cette attente semble avoir porté fruit puisqu'il dégage à présent l'impression d'un contrôle total sur son art. Dilettante incontesté, Carl Bastien savoure et maîtrise la création comme peu de producteurs réussissent à le faire.

    Il n'est pas aisé de classer Stone County Players. Son collègue Alain Berger le catégorisait de " stoner country " (enlevez les R et vous y trouverez l'inspiration derrière le nom du projet), une description aussi adéquate que possible en deux seuls mots. Doté d'une instrumentation efficace, le tout premier disque de Carl Bastien possède une richesse sonore impressionnante. Davantage axé sur la musique, Extra Lovin' possède tout de même des textes qui s'y unissent aisément grâce aux mélodies vocales naturelles. Certes, l'esprit créatif de l'artiste outaouais, bien illustré par son sublime site web (www.carlbastien.com), regorge d'idées bien organisées.

    Et là ne s'arrête pas le layon pour Carl Bastien qui semble prendre plaisir à s'occuper de ses créations personnelles pour l'instant. " Quand j'ai joué live au lancement [de Extra lovin'], c'était la première fois que je faisais ça de ma vie : que je chantais mes tounes à moi live ". Des suites de cette expérience, il entrevoit maintenant faire quelques spectacles au début de 2004 qui, souhaite-t-il, se différentieront l'un de l'autre grâce à l'esprit improviste des musiciens impliqués. " Si quelqu'un vient voir le show 4, 5 fois - 10 fois - il va probablement voir 10 shows différents ". En plus d'avoir déjà plusieurs nouvelles compositions en tête, Carl Bastien prévoit aussi une compilation de 4 disques des multiples enregistrements qu'il a effectués avec ses compères musiciens au cours des dernières années. Gardez un œil sur Carl Bastien, il est en voie de devenir une figure de proue de la scène québécoise !

 

Marc-André Mongrain
La Rotonde, Volume LXXI No.7, 27 octobre 2003