Entretien avec Bonepony

La longue route vers le succès

 

Bonepony, vous connaissez ? Bien qu'ils soient actifs depuis près d'une décennie, Scott Johnson, Nick Nguyen et Tramp demeurent largement méconnus du grand public. Pourtant, le trio multi-instrumentaliste de Nashville au Tennessee en est déjà à son quatrième album et a donné plus de 1500 concerts en Amérique du Nord, partageant la scène avec des grands tels ZZ Top, Bob Segger, Santana et Blue Rodeo. Le guitariste originaire de Montréal Nick Nguyen a accepté de s'entretenir avec nous dans le but de nous laisser entrer dans l'univers de Bonepony.

"Rassembler les gens de cultures et de goûts divers, c'est ça qui nous intéresse", avoue le talentueux guitariste. Leur amalgame de bluegrass, de rock électrique et de blues toujours rehaussé d'un rythme enivrant rallient jeunes et moins jeunes à travers le continent. La formation aux multiples influences poursuit depuis maintenant 6 ans le laborieux chemin de l'indépendance dans le but honnête de faire apprécier leur musique. Signé sous l'étiquette Capitol en 1995, Bonepony a lancé leur premier Stomp Revival qui connut un succès modéré. Peu après, le manque d'attrait commercial du groupe poussa Capitol à mettre un terme au contrat. Depuis, le groupe opère sous leur propre étiquette Super Duper Recordings. "C'est comme une petite business à trois partenaires", nous raconte Nguyen.

Certes, l'organisation d'un groupe indépendant est beaucoup plus ardue puisqu'elle s'effectue en dehors de la puissance d'une compagnie établie telle Capitole. La distribution se voit donc plus limitée. Dans les grandes chaînes canadiennes de magasins de disques, aucun de leur album n'est disponible, ni sur les rayons, ni en commande mis à part leur plus récent effort Jubilee qu'on ne peut se procurer qu'en importation américaine pour une somme faramineuse. La tournée est aussi beaucoup plus exhaustive. Le trio passe parfois de 10 à 15 heures sur la route par jour pour donner près de 200 concerts annuellement à travers les Etats-Unis. "Heureusement, nous avons tous des familles qui nous supportent beaucoup", avoue le guitariste qui se définit comme étant une personne aux valeurs familiales.

Néanmoins, Bonepony s'est entouré d'une bonne équipe de promotion et jouit des avantages de l'indépendance. Outre la liberté de tournée, le trio valorise l'importance des droits d'auteurs aux artistes. Selon eux, il est primordial pour les artistes de pouvoir exploiter leur art eux-mêmes peu importe les circonstances, ce qui n'est pas le cas dans le système de l'industrie musicale. Cette autonomie permet aussi un lien plus direct avec le public.

Questionné sur l'effet dévastateur du téléchargement de musique par Internet sur les musiciens, Nguyen avoue voir plus d'avantages que de désagréments. L'ablation des frontières géographiques est bénéfique pour les groupes indépendants, selon lui. Récemment, une entrevue radiophonique diffusée sur le web a fait gonfler les ventes par le biais de leur site web à Toronto comme en Californie et même… à Londres !

Le groupe se permet aussi de pouvoir laisser libre cours à leurs préoccupations environnementales. Leurs trois derniers albums, lancés sous leur propre étiquette, furent emballés dans du papier à base de chanvre industriel et l'encre utilisée est faite à base de soya. La culture du chanvre étant illégale aux Etats-Unis, Bonepony transcende la question écologique et en fait un débat presque politique en supportant ouvertement VoteHemp.com, un site web préconisant l'acceptation de cette culture.

Le futur réserve beaucoup de travail pour les gars de Bonepony qui seront notamment au Zaphod le 3 septembre prochain dans le cadre d'une tournée nord-américaine. La sortie d'un DVD en concert est prévue pour l'automne 2004 et le groupe considère une visite en Europe d'ici peu, preuve qu'avec persévérance, l'indépendance peut encore mener au succès.

 

Marc-André Mongrain
La Rotonde, Volume LXXI No.1, 1er septembre, p.18.