
Le Droit
Le Monde poutt poutt de
Bori, un univers théâtral
Mongrain, Marc-André
Avant même d'entrer dans la Salle Jean-Despréz hier soir, un énergumène
à grosses lunettes avertit les gens un à un que le spectacle est déjà
fini mais qu'on peut quand même entrer pour un vin et fromage. Ce
n'était bien sûr qu'un canular : nous nous trouvions déjà dansle
Monde poutt pouttd'Edgar
Bori.
Ceux qui connaissent
Bori sont habitués au personnage qui camoufle
habilement les traits de son visage en spectacle. On part donc en
terrain familier avec le poète de dos pour
les choses. Mais dès qu'il
entame Les lundis, il se
retourne, le visage à demi-couvert par un masque blanc, comme le reste
de son équipe sur scène. La glace est déjà brisée.
Nous sillonnons cet
étrange endroit qu'est le Monde poutt
poutt, un univers musical qui donne au qualificatif "théâtral"
tout son sens. Chaque pièce contient une mise en scène : Bori et ses
acolytes musiciens occupent l'espace en y donnant un sens propre à
chaque chanson. Pour Vos papiers,
le guitariste Jean-François Proulx en avant-plan danse comme un déjanté
pendant que Bori, coiffé d'un chapeau melon, récite la poésie ludique de
la pièce, alors que Josiane Paradis, chanteuse auprès de Bori, brandit
occasionnellement une lampe de poche pour demander : "Vous avez vos
papiers ?".
La construction quasi
parfaite du début du spectacle, qui fait le pont avec ses prestations
antérieures, fait graduellement place à une folie digne d'un
freak show de bon goût, avec
retenue. Sporadiquement, Michel (l'énergumène de l'avant-spectacle)
resurgit, notamment pour jouer de la pompe à bicycle, frapper sur une
valise avec un siphon à toilette et même pour un numéro d'acrobatie à
vélo !
Derrière le masque
Puis vient Même que si, au début
de la deuxième partie. Au moment de prononcer "je veux ma face dans le
journal", il enlève le masque. Nous voici en pleine intimité et bien que
l'on veuille respecter le concept "anti-image" de l'artiste intègre, on
ne peut faire autrement que de se sentir privilégiés de ce moment
spécial, cette permission de finalement regarder Bori dans le blanc des
yeux pour savourer ses expressions faciales à chaque chanson.
S'ensuivent un Cyrano touchant,
puis Tu m'as laissé, tout aussi
sublime, avec un parapluie qui surplombe la tête du chanteur.
Le spectacle continue de
se déconstruire et prend des airs de plus en plus dénudés. Le chanteur
et ses quatre musiciens interprètent
Petite fille assis en rond (Bori est même assis parterre).
On pousse encore plus
loin le concept avec les instruments débranchés pour
C'est dire. Quelques chansons
encore, puis la foule refuse de quitter ce
Monde poutt poutt. "Puisque je
ne ferai pas cette carrière pour toujours, il fallait qu'on se
rencontre. Mais en sortant d'ici, vous n'avez rien vu, d'accord ?",
résume Bori avant de terminer avec
Gaspar. Motus et bouche cousue.
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