Entretien avec freeworm

Idéologue d'abord, musicien ensuite

       Souvent décrit comme un "environnementaliste sonore", Vincent Letellier représente un des rares bijoux de la musique électronique québécoise
 

    Sorti à la fin novembre 2000, son premier album Vegetation = fuel s'est vite fait remarquer des critiques et de quelques mélomanes appréciant la fusion à saveur organique qui caractérise Freeworm. Après avoir travaillé avec la même démarche que sur Vegetation = fuel sur de nombreuses trames sonores pour des documentaires, quelques remix et une participation remarquée au dernier album de Daniel Bélanger Rêver mieux, le besoin de faire " table rase " démangeait l'artiste de Luksville. C'est ainsi que sont nées les idées de son nouvel album Solar Power. " Quand est venu le temps de faire un nouveau disque, je voulais faire quelque chose de totalement frais pour moi parce que ça faisait plusieurs fois que je me répétais, même si ça n'avait jamais été endisqué " avoue-t-il.

   Et des idées, il n'en manque pas ! La variété des styles, des musiciens participant au projet, des langues employées ; toute cette pluralité étourdissante est montée de toute pièce comme une allégorie musicale de la globalisation actuelle, que Letellier supporte. " C'est très bien en soi, c'est juste qu'on n'a pas encore développé un système qui nous permet d'explorer les avantages de la globalisation ". Conscient que " l'hégémonie du capitalisme " (comme il l'appelle) se trouve responsable de la déroute de la globalisation, l'artiste Outaouais se dit tout de même " alter-mondialiste " en soutenant que celle-ci permet un rapprochement des différentes cultures qui lui, amène chaque culture à se justifier face aux autres.

   C'est précisément ce qui se passe sur Solar power : les diverses cultures se bousculent, ce qui permet à Vincent Letellier d'émaner les souches authentiques de sa propre culture québécoise ainsi que de sa culture plus personnelle. Le résultat n'est reste pas moins hétérogène. " C'est l'album d'immaturité. J'avais besoin d'un maximum de couleurs. "

    Bien que les sons naturels soient moins présents que sur son premier œuvre, Letellier se considère encore aussi préoccupé par les questions écologiques que jamais. " Environnementaliste sonore, ça pourrait coller encore du fait que c'est ma préoccupation première et puis, après ça, la musique, c'est ma préoccupation secondaire ", explique Letellier.

    Ayant le sentiment d'avoir atteint un point de stagnation au niveau technologique, le multi-instrumentaliste s'est ressourcé davantage dans le passé, dans les générations antérieures, notamment dans le psychédélique des années 60. Il s'est aussi concentré davantage sur ses textes sur Solar Power qui démontrent une profondeur grandissante dans le vécu de l'artiste en plus de marquer un intérêt évolutif à raconter des histoires de façon habile. Nonobstant cette amélioration, Vincent Letellier entend raffiner sa plume au cours des prochaines années.

    Gardé motivé par sa participation aux diverses étapes de la réalisation d'un album, Freeworm en est à mettre l'accent sur les spectacles à venir qui vont lui permettre de transporter sa musique. De nouvelles chansons trottent toujours dans la tête de Vincent Letellier et vont, en bout de ligne, boucler le cercle " saisonnier " de la création musicale de Freeworm.

 

Marc-André Mongrain
La Rotonde, Volume LXXI No.8, 3 novembre