Goodbye Lenin!

Müssen der Geschichte Einhalt

       Les cinéphiles de l'Outaouais le savent depuis belle lurette : le cinéma ottavien Bytowne Cinema nous offre régulièrement de bons films étrangers à nous mettre sous la dent. Au mois d'avril prochain, il sera possible d'apprécier une charmant comédie dramatique allemande nommée Good Bye Lenin!
 

     Avec ce film, l'auteur allemand Wolfgang Becker nous offre son quatrième œuvre cinématographique. Co-fondateur de X Filme Creative Pool, Becker avait goûté au succès avec Das Leben ist eine Baustelle (La vie est un chantier) en 1997. Cinq ans plus tard (la sortie du film nous ramène en 2002 en Allemagne), il récidive.

     La diégèse nous transporte en 1989 en Allemagne de l'Est, soit quelques mois à peine avant la chute du mur de Berlin. Alex, un réparateur de télévisions habitant avec sa mère Christiane et sa sœur Ariane, participe à une manifestation qui se voit brusquement brisée par les autorités. Christiane, fervente socialiste et loyale citoyenne du GDR (République démocratique d'Allemagne), aperçoit son fils se faire embarquer et le choc visuel est tel qu'il lui cause une crise cardiaque.

     Huit mois s'écoulent avant que Christiane ne se réveille de son coma et pendant tout ce temps, il se déroulait un des plus grands chambardements de l'histoire de l'Allemagne. Pendant qu'elle reposait dans un profond coma, les frontières entre l'Allemagne de l'Est et l'Allemagne de l'Ouest se sont vues supprimées, unifiant les deux moitié de pays pour la première fois en plus de quarante ans. Se faisant, l'Allemagne de l'Est ouvrait grande la porte pour laisser entrer ce que les médias contrôlés par le GDR appelaient Der Konsumterror (la pression de la société matérialiste).

     Mais le docteur avertit Alex aussitôt le réveil de sa mère qu'un moindre choc émotionnel pourrait causer la mort de celle-ci. Alex se voit donc dans l'obligation de la ramener chez eux et de lui cacher les récents événements historiques, de peur de lui causer la panique fatale.

     C'est avec ingéniosité que Alex parvient à reconstituer l'ancienne Allemagne de l'Est dans sa chambre à coucher et isoler sa mère du monde extérieur. À l'aide de son copain vidéaste amateur Denis, il prépare de faux bulletins de nouvelles, il fait des pieds et des mains pour retracer de vieux pots de cornichons et de confiture disparus depuis l'unification pour ne laisser aucun soupçon et lui organise même un anniversaire avec ses anciens collègues et sa famille en s'assurant bien auprès de ceux-ci qu'ils alimentent l'illusion.

     La grande richesse de Good bye Lenin! se trouve surtout dans son traitement attachant et symbolique d'une période mouvementée de la culture allemande. Becker reproduit efficacement la brutalité de l'envahissement des valeurs capitalistes en Allemagne de L'Est notamment avec les immenses affiches de Coca-Cola sur l'édifice voisin de la demeure du personnage principal et avec Ariane qui, en huit mois, s'est retrouvé dans un emploi au Burger King et en couple avec un ancien citoyen de la partie Ouest du pays.

     Il faut aussi l'admettre, le travail des acteurs y compte pour beaucoup. Daniel Brühl et Katrin Sass (respectivement Alex et sa mère) portent avec efficacité l'intensité des personnages principaux. La caste des personnages de soutient brille aussi joyeusement. Ajoutez à tout cela une excellente bande sonore signée Yann Tiersen et vous avez un beau petit bijou cinématographique européen à conseiller, surtout aux curieux de la culture allemande.

 

Marc-André Mongrain
La Rotonde, Volume LXXI No.14, 29 mars 2004.