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Le contexte de la recherche
C'est un fait indéniable que les inventions technologiques du 20e siècle ont bouleversé le cours de l'humanité. Depuis quelques décennies, l'économie des pays industrialisés repose largement sur l'influence que possède la télévision tant au niveau de la place qu'occupe le divertissement qu'elle procure au sein de la population que par son réseau de publicité extrêmement puissant. Or, les années 90 ont vu naître une sérieuse menace pour celle-ci. En effet, il est de plus en plus aisé de constater la nouvelle place d'Internet qui permet plusieurs avantages que la télévision n'offre pas (interactivité, participation plus grande du public, absence de contraintes de temps, presque infinité des informations disponibles, etc.). Mais une révolution médiatique d'une telle envergure entraîne des conséquences, autant positives que négatives, à plusieurs niveaux.
Parallèlement aux nouvelles habitudes qu'amène ce changement important, le monde commercial se voit aussi chambardé et il va sans dire que dans une société capitaliste, une telle mutation est une question importante. Aux dires de Don Tapscott, Alex Lowy et David Ticoll, "le message sous-jacent est que les modèles d'affaires traditionnels sont morts " . Cela dit, bon nombre d'industries se voient obligés d'effectuer des changements importants dans leurs stratégies économiques. Or, le succès de certaines industries repose sur le statu quo. C'est le cas de l'industrie musicale.
Fonctionnement traditionnel de l'industrie musicale
Il y a plus de cinquante ans, cinq grandes compagnies majeures (Sony, EMI, BMG, Universal Music et Warner Music) ont formé la R.I.I.A. (Recording Industry Association of America). Depuis, l'ensemble de ces 5 compagnies possède le monopole international sur l'industrie musicale (environ 80% des revenus générés par la vente de musique lui reviennent) et il n'est jamais arrivé, en plus de cinquante ans, qu'une compagnie ou qu'une autre association constitue une menace sérieuse pour la R.I.A.A.. Après s'être placée directement entre les artistes (les producteurs) et les gens (les consommateurs), l'Association a mis en place un système d'exploitation de la culture musicale où le gros du profit lui revient, bien qu'elle n'en soit que l'intermédiaire.
Depuis des années, quiconque entrevoyait créer de la musique, la partager, se faire connaître et en faire son gagne-pain devait se soumettre aux règles du jeu établies par la R.I.A.A. ou affronter le laborieux chemin de la production et de la distribution indépendante, option menant généralement a bien peu de résultats.
Le fonctionnement conventionnel de l'industrie est expliqué dans le schéma suivant.
Schéma 1. Système conventionnel de distribution de la musique
Dans un premier temps, l'artiste, ayant créé une pièce ou une chanson, doit la transférer sur un support permettant aux consommateurs, partout dans le monde, d'écouter la musique créée par l'artiste indépendamment de la présence des musiciens. Jusque dans les années 80, on utilisait les disques vinyles. Vers 1982, la technologie du disque compact (mieux connu sous le nom de DC ou, en anglais, CD) vit le jour et éclipsa le vinyle. Peu importe le format, le principe fut toujours de louer du temps d'utilisation d'immenses studios fournissant le matériel très dispendieux nécessaire à l'enregistrement de qualité de la musique.
Ensuite, si l'artiste veut se faire connaître, il détient deux choix : s'auto-promouvoir ou laisser cette tâche aux puissantes compagnies de disques. Comme mentionné plus haut, traditionnellement, l'auto promotion mène généralement à l'échec ou aux piètres résultats. Dans l'autre cas, l'artiste doit décrocher un contrat avec une des compagnies. Évidemment, si seulement cinq compagnies détiennent le monopole international pour permettre à des milliers d'artistes de percer, inutile de mentionner que ceux-ci doivent faire des pieds et des mains pour décrocher un contrat, ce qui les mettent à la merci des compagnies. Ainsi, les grands groupes d'édition musicale peuvent facilement se permettre d'exiger un pourcentage exagérément élevé des montants générés par le contenu musical qu'ils n'ont pas produit. Et par "pourcentage exagérément élevé ", on parle d'offrir moins de 20% de royauté à l'artiste. Selon Courtney Love, musicienne expérimentée et fortement engagée dans la business musicale, "no bidding-war band ever got a 20 percent royalty " . Une fois dans les mains des majors, le contenu musical est totalement contrôlé par ceux-ci. D'un côté, les droits d'auteurs du contenu leur appartiennent comme il sera expliqué ultérieurement. De l'autre, le prix que les consommateurs paieront dépendra surtout d'eux.
Évidemment, à partir de ce moment, les compagnies de disque s'occupent de la promotion et de la distribution, tel est leur rôle officiel. Ils s'occupent de faire jouer la ou les pièces à la radio, de produire des objets promotionnels (posters, t-shirts, etc.) - dont la majorité du profit leur revient - de fournir des échantillons aux critiques et d'alimenter les magasins par l'entremise d'entrepôts. Les magasins s'occuperont ensuite de fournir le matériel physique (DC, vinyle, cassette) aux consommateurs pour boucler la chaîne.
Les artistes et les disquaires : boucs émissaires
Évidemment, le rôle des artistes est clair aux yeux du public ; la place des magasins aussi. Le rôle le plus invisible est celui des compagnies de disques qui pourtant, récoltent le gros du bénéfice. Ainsi, un consommateur qui doit payer 17,99$ pour un DC de Britney Spears croira que les magasins abusent de sa dépendance pour faire du profit sur son dos et blâmera Britney Spears de fournir du contenu qui ne vaut pas 20 dollars avec les taxes. Pourtant, Mlle Spears n'a aucun contrôle sur le prix que ses auditeurs paieront au bout de la chaîne et les magasins n'ont d'autres choix que d'élargir autant que possible leur marge de profit qui est étonnamment mince. Selon M. Christian Simard, gérant du HMV des Promenades de l'Outaouais que nous avons personnellement interrogé, "les magasins de disques touchent en moyenne de 25% à 30% de profit sur un disque ". Selon lui, cette marge est très relative puisque, depuis l'arrivée des Wal-Mart, Future Shop et CostCo dans la vente de disques, le profit des gros titres (nouveautés) baisse dans les 10% à 20%. Les grandes chaînes non-spécialisées en vente de disques décident d'offrir les grandes nouveautés à 13,99$, alors que le prix coûtant se tient dans les 13,50$, au nom de la convergence, ce qui a des effets dévastateurs sur les magasins de disques. Mais Wal-Mart peut se permettre de ne faire que 0,50$ de profit puisque la vente de disques n'est qu'un prétexte pour faire entrer les consommateurs dans le magasin. Ils y achèteront probablement autre chose. Ce n'est que de la publicité. Les disquaires, eux, ne peuvent pas se permettre ce minime profit et doivent conserver les consommateurs. Ainsi, il remonte leur marge de profit avec la base de catalogue (titres plus rares qui vendent moins que les nouveautés en quantité mais de façon régulière et à plus long terme). Ces titres sont généralement plus dispendieux pour les consommateurs mais ne sont disponibles que chez les disquaires spécialisés. La plupart des grandes chaînes mise sur cette tactique pour survivre. Telle est la défense des disquaires face à la mondialisation et la convergence.
Internet et le déroutement du système conventionnel
Comme plusieurs systèmes d'affaires de l'ère capitaliste, contourner les règles du jeu s'avère difficile et peu avantageux. Mais avec l'avènement d'Internet comme nouveau média principal, l'industrie se voit confrontée à un tournant qui pourrait se révéler avantageux ou désavantageux. Dans un premier temps, nous nous sommes penchés sur Internet et les nouvelles approches qu'il cause. Évidemment, Internet est un média large comportant plusieurs divisions. Nous nous intéresserons surtout aux formes d'échange de fichiers par Internet, principalement par les programmes P2P, phénomène mieux connu sous le nom de téléchargement.
Schéma 2. Modification du système conventionnel
de distribution de la musique par le téléchargement
Comme toute forme de distribution du contenu musical, l'artiste doit enregistrer sa musique sur un support. Ici, la production indépendante peut devenir avantageuse. Avec la baisse de prix des ordinateurs personnels et la hausse constante de leur performance, il devient possible, pour un individu de salaire moyen, de se procurer l'équipement nécessaire pour produire un enregistrement potable. C'est le cas de Remy Shand, artiste R&B/Soul de Winnipeg qui a lui-même enregistré et produit son album dans le sous-sol de sa maison. Cet album lui a valu quatre nominations aux Grammys 2003, une nomination aux Juno Awards 2003 et un chiffre de vente plutôt remarquable. Par contre, la plupart des artistes opte pour prendre le chemin traditionnel en utilisant les studios spécialisés.
Les disquaires : appelés à disparaître ?
Dans le cadre du téléchargement, le consommateur élimine les magasins et compagnies de disques en téléchargeant gratuitement le contenu enregistré en studio. Ainsi, le rôle des disquaires est substitué par le programme P2P d'où le "consommateur " téléchargera ses chansons gratuitement. Plusieurs croient que ces magasins sont appelés à disparaître sous la pression du téléchargement, de la vente de disque en ligne et de l'apparition des grandes chaînes non-spécialisées comme concurrence.
Certains l'ont déjà fait comme la chaîne Sam the Record man, importante chaîne canadienne qui roulait sur l'or depuis les années 60, qui a rendu l'âme l'an dernier. Ici même au Québec, la chaîne Musigo (mieux connu sous leur ancien nom Polyson) a du fermer la moitié de ses magasins en 2001 et Phantasmagoria a déclaré faillite la même année. Selon André-Sylvain Proulx, ancien gérant du Phantasmagoria de Gatineau, "il fallait s'y attendre. La pression des magasins à grande surface, des magasins de disques usagés, d'Internet et des copies [de disques compacts] rend la pente trop difficile à surmonter ". En effet, bien peu de disquaires indépendants tiennent la route et la tendance nous porte à croire que ce n'est qu'une question de temps avant que ceux qui restent ne baissent les bras à leur tour. Les grandes chaînes, qui peuvent mieux éponger les dégâts, doivent aussi se défendre et tentent de le faire. Archambault mise sur la diversité, HMV y va de front avec la découverte de nouveaux artistes.
Les programmes P2P : vilain outil du cyber-voleur
Il y a quelques années, la R.I.A.A. a vu prendre forme sur Internet un phénomène qu'il n'allait pas tarder à qualifier de monstre. En si peu de temps, un ennemi est né. Cet ennemi juré pour l'industrie du disque, c'est le P2P. Tous ces logiciels de téléchargement leur ont causé beaucoup de pertes mais surtout, ils ont occasionné de nombreuses remises en question et plusieurs réflexions dans le monde de la musique. Lorsque l'on parle de tous ces logiciels, disponibles à coup de centaines sur le web, on leur associe fort souvent le terme P2P. Bien que très souvent utilisé dans le jargon du piratage de la musique sur Internet, plusieurs personnes ne connaissent pas sa signification. La plupart des gens passent par-dessus ce terme qui nous semble à première vue sans véritable importance, mais connaître sa signification, signifie également comprendre le fonctionnement des ces fameux programmes.
Le terme P2P est souvent utilisé lorsque l'on parle de ces logiciels de téléchargement, même s'il n'existe que depuis quelques années seulement, il a prit une importance des plus spectaculaire. P2P, c'est tout simplement l'abréviation de peer to peer qui, en français, se traduit par "pair à pair " ou encore "personne à personne ". Ce terme désigne en fait la méthodologie sur laquelle sont basés tous les logiciels de téléchargement de fichiers MP3. Peer to peer représente précisément la méthodologie qu'il décrit.
Pour bien comprendre ce qu'est le P2P, il faut dans un premier temps le différencier de ce qu'il n'est pas. Lorsque l'on retrouve, sur Internet, un client qui utilise une multitude d'applications sur son ordinateur afin d'exploiter des services IP (par exemple les services de messageries ou tout simplement le web tel qu'on le connaît) et un serveur, une machine puissante qui offre tous ces services aux utilisateurs, on parle alors d'une architecture client/serveur. Le P2P agit complètement à l'inverse, les deux utilisateurs, qui échangent des fichiers ensemble, agissent à la fois comme client et comme serveur, sans qu'il n'y ait d'intermédiaire entre les deux.
Le peer to peer, c'est donc une méthodologie qui permet à chaque utilisateur de partager librement des fichiers de toutes sortes, majoritairement des fichiers MP3.
Selon Carl Fugère, fondateur du programme P2P québécois The Bridge, "c'est un buffet chinois, finalement. Vous choisissez ce que vous voulez. […] Les gens sont mieux de s'habituer au changement parce que la technologie, c'est vers ça que ça s'en va " .
On peut diviser le P2P en deux sous-méthodologies, les réseaux centralisés et les réseaux décentralisés. Lorsque l'on parle de réseaux centralisés, c'est en quelque sorte la vieille méthodologie peer to peer, amenée pour la première fois par Napster. Dans cette vieille méthode, il ne serait pas tout à fait juste de dire qu'il n'y a pas du tout d'intermédiaire entre les deux utilisateurs car il y a en fait présence d'un dispositif uniquement serveur qui sert à mettre tous les utilisateurs en contact. En fait, tous les répertoires et fichiers disponibles pour partager entre les utilisateurs sont dans un index centralisé.
Le nouveau type de peer to peer, le réseau décentralisé, est apparu suite aux nombreux problèmes judiciaires qu'a connu Napster. Car contrairement aux réseaux centralisés, tous les utilisateurs sont anonymes et on ne retrouve pas de serveur unique. Les différences ne sont pas très nombreuses d'un type de réseau à l'autre. Les utilisateurs sont encore mi-client, mi-serveur, mais la grande différence est, comme le nom l'indique, le type de réseau auquel l'utilisateur se connecte. Au lieu que tous les utilisateurs se rejoignent dans un réseau central, chaque personne annonce sa présence sur le réseau, l'ordinateur que l'on utilise nous répond pour ensuite avertir une autre machine de notre arrivée, qui elle en averti une autre et cela continu avec tous les utilisateurs présents sur le réseau.
L'arrivée des réseaux décentralisés vient donner à la méthodologie P2P, une solidité incroyable, car il est à tout fin pratique, impossible de détruire un logiciel de téléchargement utilisant cette méthodologie. Cela s'explique par le fait que, contrairement aux réseaux centralisés, aucun maillon de la chaîne est obligatoire pour la survie du réseau.
Les logiciels P2P, sont très populaires et ont directement influencé l'augmentation du piratage de musique sur Internet. L'ampleur du phénomène est facilement explicable, ces logiciels comptent plusieurs avantages pour l'utilisateur. Bien sûr, la plus grande d'entre elles est sans aucun doute la gratuité du service. Mais l'efficacité, la rapidité et surtout la simplicité des logiciels expliquent cette grande popularité. L'interface de ces logiciels, étant très commune, permet à l'utilisateur ayant seulement une maigre connaissance en informatique, d'utiliser le programme sans trop de difficultés. De plus, la recherche de fichiers s'effectue exactement de la même manière que sur n'importe quel moteur de recherche. Connaissant la rapidité et l'efficacité de ces recherches, on a accès aux fichiers désirés très rapidement et très simplement.
Le P2P prend beaucoup d'importance avec le temps mais il a aussi pris beaucoup de solidité. Il sera presque impossible de détruire ces programmes et les moyens de pression dans le but d'arrêter l'échange sur ce type de réseau sont pratiquement infaisables. Comme nous le savons maintenant, le P2P n'a pas toujours été aussi inébranlable et invulnérable. Napster, le logiciel qui a donné naissance à cette méthodologie à été contré plutôt facilement par la R.I.A.A. mais a néanmoins joué un rôle important dans le phénomène peer to peer.
Bien que Napster fut écrasé par les poursuites judiciaires, étant donné sa centralisation, il a été très influent dans le monde du piratage de fichiers musicaux sur Internet. Il aura donné naissance à cette méthodologie qu'est le P2P et donna naissance à une grande lignée de programmes du genre. Il est donc inévitable de relater brièvement son histoire, une histoire qui n'aura été que le début de nombreux maux de tête pour la R.I.A.A.
® Septembre 1998 : Shawn Fanning, jeune américain de 18 ans décide de créer un logiciel qui pourrait lui permettre d'échanger des fichiers MP3 avec ses amis sur le Net. Il commencera le concept de son programme en utilisant le principe des moteurs de recherches.
® Juin 1999 : le programme Napster est finalisé, Shawn Fanning trouve des internautes, via le clavardage, pour tester son logiciel. Les premiers utilisateurs sont très impressionnés et en parlent à d'autres amis qui en font de même. En seulement une semaine, le logiciel est téléchargé par près de quinze milles internautes.
® Décembre 1999 : Napster continue à être téléchargé sur les plus grands portails américains. Il tentera de trouver un terrain d'entente avec les maisons de disques mais sans résultat. La R.I.A.A., étourdit par la méthodologie P2P et par une baisse significative des ventes de cédéroms, porte la première plainte contre Napster à propos de la question des droits d'auteurs.
® Avril 2000 : Napster compte maintenant 700 000 utilisateurs, Metallica et Dr Dre portent à leur tour une plainte pour leurs droits d'auteur.
® Mai 2000, La cour de San Francisco déclare que le procès de la R.I.A.A. aura lieu.
® Juillet 2000 : Napster compte 23 millions d'utilisateurs. Il doit suspendre son service en attendant l'ouverture du procès.
® Novembre 2000 : Bertelsmann Music Group (BMG), achète 58% de Napster pour la somme de 50 millions de dollars. Il souhaite développer une version sécurisée du logiciel.
® Février 2001 : BMG est maintenant le seul propriétaire de Napster et la cour de San Francisco déclare le logiciel illégal.
® Mars 2001 : l'avocat de Napster réussit un grand coup en évitant la fermeture du service, il propose un filtre anti-piratage qui empêche de transiger des fichiers musicaux sous le coup de droits d'auteurs. Mais le filtre, bien que très simple, prend de plus en plus d'efficacité, à la fin du mois déjà, le nombre de MP3 a diminué de 60% sur Napster. Les 54 millions d'utilisateurs quittent peu à peu le programme pour un autre.
® Juin 2001, Napster ferme après deux ans d'existence, 54 millions d'utilisateurs et des millions de téléchargements MP3.
Après la fermeture de Napster, l'industrie de la musique croyait bien avoir gagné mais à voir le nombre de logiciels qui ont pris forme dans les semaines qui ont suivi, on se demande réellement qui est le véritable gagnant. En fait, on recense sur Internet des centaines de programmes du genre, certains sont plus populaires mais aucun n'égale l'ampleur du phénomène Napster. Mais tous ces programmes P2P ont repris là où Napster a terminé et continuent sans cesse de causer des maux de tête incroyables à l'industrie du disque.
Pourquoi ce problème est-il si répandu ?
L'industrie musicale n'est pas la seule industrie culturelle à devoir confronter l'ère numérique. Avec la hausse du débit des connexions Internet, le téléchargement de films devient de plus en plus simple et de plus en plus courant. On a qu'à faire le test : il est fort simple de se procurer un film à grand succès avant même sa sortie en salle soit par un programme P2P ou même par le programme de clavardage mIRC (qui permet aussi le principe du P2P). Pourtant, on parle beaucoup plus du problème du téléchargement de musique.
Il n'existe pas qu'une seule explication justifiant ce problème, mais la principale est la suivante : ce sont les compagnies de disques qui perdent le gros du profit. Ils détiennent tous les droits sur le contenu musical et par conséquent, ce sont leurs droits que les adeptes du téléchargement violent. Au cinéma, les producteurs conservent les droits sur leur contenu, dans la littérature aussi. La propriété d'un film est plus partagée que celle d'un album. Donc, si un immense conglomérat qui touche près d'un milliard de dollars par année voit ses chiffres chuter, celui-ci criera haut et fort à l'injustice. C'est le cas de la R.I.A.A.. Ainsi nous nous attarderons aux effets qu'apportent Internet sur les compagnies de disques.
Répercussions sur les compagnies de disques
Depuis l'invention des sites de téléchargements de musique gratuits sur Internet, la diffusion pirate des œuvres musicales fait perdre des milliards de dollars à l'industrie musicale. L'importante association américaine des maisons de disques, attribut la diminution des ventes de DC traditionnelle dans les magasins au piratage de musique en ligne et à la gravure de DC. La R.I.A.A. estime que les ventes de DC ont diminué de 6,4% durant l'année 2001.
Selon la R.I.A.A., l'année 2001 a enregistré son pire résultat de ventes depuis 10 ans. D'après les chiffres de cette association, la vente de disques dans les magasins aux États-Unis a dépassé le milliard de DC vendu en 2000. Tandis qu'une année plus tard, en 2001, la vente de DC a diminué à 968,5 millions de disques. Ainsi, les revenus des compagnies de disques américaines ont chutés de 4,1% en une année.
Toujours selon la R.I.A.A., les ventes de DC dans les magasins aux États-Unis ont rapporté 14,3 millions de dollars en 2000 et ont passé à 13,7 millions de dollars en 2001. Ces pertes représentent 583 millions de dollars pour les compagnies de disques.
Selon l'association internationale qui représente les compagnies de disques dans le monde, le piratage de musique via l'Internet coûte 4 milliards de dollars par année à l'industrie mondiale de la musique. Un cabinet de sondage, soit la Peter Hart Research Associate, s'est aussi intéressé à ce fléau qu'est le piratage de musique. Ce cabinet estime que 23% des acheteurs de musique américains avouent ne pas avoir augmenter leurs achats de disques dans les magasins, puisqu'ils peuvent télécharger et copier gratuitement la musique qu'ils désirent via l'Internet.
L'institut américain, soit la Yankee group estime à 5 milliards les fichiers musicaux qui ont circulés dans le monde durant l'année 2001. D'après le président d'Universal Music France, environ 150 millions de chansons sont téléchargées chaque mois en France seulement. Ces millions de titres échangés via l'Internet représentent une perte de 10 à 15% du budget de l'industrie musicale française.
Il est évident que la présidente de la R.I.A.A. accuse le piratage et la gravure de DC maisons d'être les principales causes de cette baisse de revenu que vit l'industrie musicale. Il semblerait, par contre, que celle-ci se trouve désorientée devant le problème. D'un côté, les cinq grandes compagnies accusent les jeunes de 15 à 25 ans d'être les principaux pirates de la musique via l'Internet puisque ce groupe de jeunes représente les principaux consommateurs de musique. Paradoxalement, la R.I.A.A. lançait récemment une campagne pour sensibiliser les entreprises de toutes sortes au problème du piratage et ainsi, les inciter à interdire l'utilisation de programmes d'échange de fichiers au bureau. " Nous avons été surpris de voir que les connexions aux services peer-to-peer proviennent souvent de réseaux d'entreprises " , a affirmé Allen Dixon, avocat général de l'IFPI. Il semblerait donc que la R.I.A.A. est confuse quant à l'identité des responsables.
Il existe plusieurs autres facteurs qui facilitent cette baisse de revenu pour les compagnies de disques. La baisse des prix et la miniaturisation des ordinateurs facilitent l'accessibilité. L'apparition des graveurs de DC et leur prix abordable favorisent la facilité de se graver des DC à la maison. On a aussi pu remarquer que le prix des DC enregistrables où l'on peut facilement graver de la musique a diminué de beaucoup. La venue des graveurs de DVD-ROM adaptables à l'ordinateur de maison et à prix attractifs ne sera certainement d'aucune aide à l'industrie musicale. Il y a aussi la présence de logiciels totalement gratuits sur Internet qui permettent de télécharger de la musique et de transformer un fichier musical en MP3.
Le grand vecteur de cette révolution musicale est naturellement Internet puisqu'il est facile et rapide d'y charger notre musique préférée pour en faire des DC. Depuis peu de temps, on voit aussi apparaître les premiers baladeurs MP3 sur le marché. Cette nouvelle apparition n'aide en rien les profits toujours en chute libre de l'industrie musicale.
Pour bien comprendre le phénomène de cet engouement du téléchargement de musique et de l'échange de fichiers via l'Internet, on doit savoir ce que représente en fait le MP3.
Le MP3 est simplement une forme différente et relativement nouvelle de fichier audio. Ce fichier possède le pouvoir de compresser les fichiers normaux de musique jusqu'à un douzième de leur taille initiale. La compression est réalisable en supprimant les données inaudibles pour l'oreille humaine de la chanson originale. Les donnés inaudibles sont par exemple, des ultrasons, des infrasons… La suppression de sons inaudibles représente une perte de qualité très minime pour l'oreille comparativement au DC original acheté en magasin. La perte de qualité ne se remarque pas puisque les sons enlevés sont des sons qui ne sont pas perçus naturellement.
Cette compression des fichiers audio représente un avantage puisque cela prend moins de place dans le disque dur des ordinateurs. La taille du fichier le rend plus rapide et facile à télécharger par Internet. Donc, le MP3 a réussi à révolutionner la diffusion musicale et bousculer les habitudes acquises.
On peut écouter un maximum de 23 chansons de trois minutes sur un disque normal acheté en magasin tandis qu'on peut graver plus de 250 titres sur en DC-ROM en format MP3, ce qui représente l'équivalent de douze heures et demi d'écoute de musique ininterrompue. Les habitudes se tourneront rapidement vers la gravure de DVD-ROM. Ce nouvel arrivant dans la révolution musicale peut contenir 4700 chansons, soit l'équivalent de dix journées de musique sans interruption.
Il est facile de comprendre pourquoi tant de gens se tournent vers ces nouveaux modes d'appropriation de musique plutôt que de dépenser leur argent et leur temps dans les magasins de disques.
Promotion
L'arrivée d'Internet dans l'industrie musicale a aussi créé un grand remous dans les modes de promotion. En effet, cette nouvelle possibilité offre une plus grande liberté à un artiste qui souhaite prendre le contrôle de ses affaires. D'un autre côté, le mode de promotion traditionnel, c'est-à-dire par les médias tels les vidéo-clips, les entrevues, les radios, les magazines et les journaux, existeront toujours. Ce type restera probablement un mode de promotion prestigieux pour les adhérents à l'industrie musicale, c'est-à-dire les artistes qui dépendent de cette machine.
Les droits d'auteurs
Autre grand chambardement que cause Internet est toute la question des droits d'auteurs. Qui défend plus les droits d'auteurs, l'artiste ou l'industrie. À qui appartiennent vraiment les droits d'auteurs ?
Tout d'abord la promotion sur Internet ressemble à la promotion traditionnelle. La différence est que, souvent l'artiste annoncé conçoit sa propre promotion et elle n'apparaît généralement que sur le Web. Il existe plusieurs méthodes pour promouvoir via Internet. On peut concevoir un site Web d'un artiste ou d'un groupe où les visiteurs trouveront les dates de spectacles, des extraits de pièces, des nouvelles du groupe et, très important, un lien qui permet d'acheter l'album.
Il existe aussi des sites, tel MP3.COM, où les artistes de la chanson peuvent soumettre un maximum de trois pièces avec des informations sur le groupe et un hyper-lien pour se procurer l'album. Internet offre donc aux artistes l'indépendance totale face aux majors de l'industrie musicale. En effet, en plus de produire sa propre promotion, il est maintenant rendu possible pour un groupe de musique ou un chansonnier de contrôler presque toutes les étapes de production d'un disque. Ils peuvent produire leur propre contenu chez eux à l'aide d'équipement informatique. Pour environ 1500 dollars, on peut facilement produire un contenu de qualité professionnelle. De cette façon, on élimine les grands studios des maisons de disques qui exigent une fortune pour l'enregistrement d'un album.
Le contenu finalisé, l'artiste peut maintenant faire la distribution. Soit par le B2B (business to business), distribuer son contenu dans des maisons disques afin qu'il soit placé sur la scène musicale ou, mieux encore, le B2C (business to consumer) où l'artiste distribue directement son contenu aux consommateurs.
Il est aussi possible d'assurer la distribution en gravant des disques compacts de ses propres chansons à partir de chez soi et les vendre par la suite aux consommateurs lors de spectacles ou lorsqu'ils font la commande par l'entremise de site promotionnel. Bref, l'action d'Internet accompagnée par la technologie informatique dans le domaine musicale permet aux artistes d'éditer, de distribuer et de promouvoir leur album.
Il est clair que les avantages pour les musiciens, chanteurs et compositeurs sont nombreux. Ces gens détiennent un contrôle presque absolu sur leurs œuvres. Ils peuvent ainsi diriger la production, la promotion et les spectacles. Un artiste qui désire contourner l'industrie n'est plus obligé de donner des entrevues pour des émissions et des magazines. De plus, ils peuvent se donner en spectacle où ils le veulent sans nécessairement suivre un itinéraire de tournée épuisant. Les artistes de la chanson peuvent ainsi garder à l'œil tout leur développement et avoir l'entière liberté et la responsabilité de prendre toutes les décisions promotionnelles.
À prime abord, financièrement, la promotion sur Internet semble rentable pour les artistes. En effet, en fonctionnant ainsi, on élimine l'intermédiaire entre le consommateur et le créateur. C'est cet intermédiaire qui prend d'ailleurs la plus grande part des revenus générés par la chanson. Depuis que l'art existe, il y a les mécènes qui exploitent l'artiste en revendant ses œuvres. Par ce nouveau mode de promotion, on élimine toutes les dépenses inutiles comme les frais d'administration et les coûts de gestion.
L'apport d'Internet dans le domaine musical n'a pas que des avantages quantitatifs financiers, il a aussi des avantages qualitatifs. Effectivement, " la promotion par un site web favorise un contact privilégié avec l'auditeur ". Les artistes sont eux-mêmes les concepteurs du site, alors quand les internautes le visitent, c'est comme s'ils échangeaient face à face avec ceux-ci. Les fans ont donc accès à un site beaucoup plus personnel et authentique que s'il était conçu par une compagnie de disques. Par exemple, si nous désirons visiter le site officiel de Jean Leloup, nous devons d'abord nous rendre chez sa compagnie de disque, Audiogram, et de là, rejoindre son site web.
De plus, certains croient que c'est avec Internet qu'on peut reproduire le plus parfaitement le modèle de démocratie. C'est d'ailleurs le cas pour le domaine musical car avec cette opportunité, toute personne qui a un talent musical et une connaissance des rudiments de la technologie peut produire et diffuser ses œuvres sans bénéficier de la reconnaissance dans le show-business. Les avantages de la promotion sur Internet permettent, contrairement à l'idée propagée par la R.I.A.A., de conserver les droits d'auteurs. Paradoxalement, lorsqu'un compositeur signe avec une maison disque, celle-ci devient propriétaire de la chanson et peut décider de la faire jouer dans n'importe quel contexte sans le consentement du compositeur. En diffusant sur Internet, le compositeur a la possibilité de demeurer propriétaire de sa chanson.
Comme toute chose, il y a l'envers de la médaille. La promotion sur Internet possède ses failles et ses faiblesses au niveau artistique. Malgré les méthodes de promotion via pour les groupes de musique moins connus, la plupart des consommateurs potentiels vont visiter des sites de personnalités reconnues de l'industrie musicale. Lorsque les gens vont aller sur un site où certains extraits de chansons sont disponibles, ils vont simplement chercher à trouver la plus récente chanson de leurs artistes préférés. De cette façon, ce sont les vedettes qui vont s'accaparer la majorité des visites sur les sites Web en laissant dans l'ombre les nouveaux venus sur la scène musicale. La connaissance de la majorité des consommateurs se limite à ce qu'offre la radio comme contenu. Les gens font donc leur choix en matière de musique en fonction de ce que leur proposent les majors de l'industrie du disque.
Pour en revenir au problème du piratage par les programmes P2P, il pourrait s'avérer être un moyen efficace de promouvoir de nouvelles personnalités de la chanson. Ce qui explique son caractère péjoratif, c'est que l'apparence générale du piratage invoque le mépris et l'injustice. Cependant, à long terme, il peut être très profitable pour un artiste de rendre ses œuvres aussi accessibles sur Kazaa, par exemple. Cette pratique permet à l'artiste d'augmenter la diffusion de ses œuvres, car le service étant gratuit, la peur d'explorer l'inconnu est moins présente. Les programmes de partage de fichiers sont donc une bonne incitation à la découverte. En plus de permettre la découverte, cette opportunité permet d'élargir le public car tout le monde peut utiliser ces logiciels, peu importe le statut économique. Le groupe des jeunes sans revenu, principal acteur du téléchargement, deviendra un groupe de consommateurs potentiels pour l'industrie. La promotion par Internet possède également des désavantages pour les artistes qui viennent réaffirmer la puissance des majors de l'industrie du disque.
L'autre possibilité de promotion demeure et restera probablement la plus privilégiée : la méthode de promotion traditionnelle. Cette promotion est celle que nous voyons à tous les jours à la radio, télévision, dans les journaux et dans les magazines. Cette exposition aux médias traditionnels est entièrement contrôlée par les grandes compagnies de disque. Ce type de promotion ne s'adresse pas à tous les musiciens, chanteurs et compositeurs, ce sont des campagnes publicitaires qui coûtent énormément cher et qu'il n'y a que l'industrie du disque qui peut assumer ses coûts. Il faut donc que l'artiste ait signé un contrat avec une entreprise pour qu'il puisse bénéficier de cette promotion et, ayant signé un contrat, il perd un fragment important des revenus et surtout une part de liberté de création.
Même si la promotion par Internet semble accessible, la promotion traditionnelle est omniprésente. En plus d'apparaître dans les médias écrits, radios et télévisés, elle étale aussi son marché sur Internet. En fait, l'industrie musicale est une immense machine avec des partenariats de commandites publicitaires. Sur Internet, les gros portails sont des endroits rêvés pour rejoindre le grand public. Mais le prix est hors de portée pour les artistes indépendants. Ce sont encore les géants du disque qui détiennent le privilège financier d'afficher leur publicité sur ces importants portails. Le choix revient donc à l'artiste qui décidera en fonction de ses objectifs et de ses principes. Soit il compose pour le plaisir de créer avec passion sans nécessairement devenir populaire, ou soit il tente, tant bien que mal, d'entrer dans l'industrie du disque et de tout faire pour que le rêve de devenir vedette se concrétise.
Riposte des compagnies de disques
Pour revenir aux répercussions sur les compagnies, inutile de mentionner que celles-ci ne restent pas sans rien faire. Mais comment approcher un changement technologique d'une telle envergure ? Deux approches sont possibles : suivre le tournant technologique en innovant ou combattre l'innovation et préserver la situation actuelle.
Comme mentionné plus haut, la santé financière de l'industrie musicale a longtemps reposé sur le statu quo. Le système est établi et il est très rentable. Par conséquent, l'approche principale de l'industrie face à Internet consiste à résister, à combattre l'innovation.
Le contrôle de copie
Dans un premier temps, la R.I.A.A. s'attarde au problème du copiage de contenu musical. Car à la base du piratage se trouve le transfert de fichiers musicaux en fichiers compressés MP3 et la copie de disque à disque. Ainsi, la R.I.A.A. a mis sur pied un bon nombre de technologies de contrôle de copie. Le premier essai provenait de la compagnie d'origine allemande BMG au tournant du nouveau millénaire. Le principe était de corrompre la table des matières (informations numériques stockées au début de tous les disques audio) ce qui a pour effet de confondre les DC-ROM alors que les lecteurs de disques conventionnels ignoraient le changement en question. Sur 100 000 copies protégées lancées sur le marché allemand, de 2% à 3% sont revenus avec des plaintes des consommateurs. Pour une raison étrangère à la compagnie, certains lecteurs de disque pour les voitures n'arrivaient pas à les lire non plus…
La firme technologique SunnComm a mis au point une nouvelle forme de contrôle de copie. Cette fois, non seulement les lecteurs de disques pour ordinateur ne pouvaient pas copier le contenu, ils ne pouvaient même pas les lire ! Le disque protégé par cette technologie contenait un fichier qui redirigeait le consommateur vers un site web où ce dernier devait s'inscrire pour accéder à des fichiers encryptés (donc, pouvant être lus qu'une seule fois) des chansons contenues sur le disque. Évidemment, d'autres plaintes sont survenues, notamment concernant l'obligation de divulguer des informations personnelles pour y avoir accès et à propos du fait que certains n'ont pas accès à Internet.
Une autre technologie vit le jour peu après : SafeAudio par Macrovision. Semblable à la première forme, quoi que plus sévère, SafeAudio effectue une corruption au signal audio contenu sur le disque. Tous les lecteurs DC conventionnels sont munis d'un système de correction des imperfections qui permet de continuer à lire un disque légèrement endommagé. Ainsi, la corruption du signal audio provoqué par SafeAudio est pratiquement inaudible lorsque l'on écoute le disque sur un système de son. Le lecteur DC d'un ordinateur, par contre, rejettera complètement le disque ou sa copie sera couverte de sauts et de crépitements. Le problème avec celle-ci se trouve dans la fiabilité du support. Un disque dont le signal audio est corrompu est plus sensible aux poussières et aux égratignures. Le moindre abîme à la surface de lecture du disque empêche celui-ci d'être lu convenablement.
La plus récente et courante tentative est celle de la I.F.P.I. (International Federation of the Phonographique Industry). Cette fédération anti-piratage a mis sur pied un moyen d'empêcher totalement la copie de disque à disque et rend impossible de trouver les fichiers musicaux sur l'ordinateur, rendant la copie sur disque dur aussi difficile que possible. Lors d'un communiqué émis le 17 septembre 2002 et affiché sur le site officiel de la I.F.P.I., Jay Berman, président de la Federation, expliquait que " la protection de copie est une réponse logique par l'industrie de la musique pour protéger son produit contre la copie de masse et le piratage numérique ". Le logo suivant est présentement utilisé, quoi qu'optionnel, par les compagnies de disques pour indiquer que l'album en question est supporté par cette technologie :
Évidemment, aucune protection n'est infaillible. Tôt ou tard, quelqu'un trouvera un moyen de contourner cette nouvelle technique ou les compagnies devront la retirer sous la pression des plaintes pour une raison ou une autre. Comme disait Daniel Desnoyers, DJ québécois très populaire, lors d'une entrevue sur le sujet à Radio-Canada : " mais si on peut mettre au moins un plaster sur le bobo, pour là, jusqu'à ce qu'on trouve autre chose, c'est déjà ça " . Cette pensée semble refléter celle des créateurs de ces technologies. Certes, les tentatives se succèdent et si elles en découragent un assez grand nombre, leur but est atteint.
Le retour des singles
Une courte visite dans un magasin de disques vous fera sans doute remarquer le retour massif des singles ou en français " simples ". Ces singles sont en fait des disques compacts à prix réduits ne contenant qu'une ou quelques chansons. Ceux-ci avaient une immense popularité au cours des années 90, surtout auprès des compositeurs de musique dance qui créaient quelques chansons, ci et là, pour les discothèques. Les groupes cultes utilisaient aussi beaucoup ce format qui avait pour effet de créer un phénomène de collectionneurs. Ces groupes sortaient leur dernière chanson populaire en singles avec une ou deux chansons inédites. Les " vrais fans " achetaient.
Or, depuis quelques années, les singles étaient moins convoités en Amérique du Nord, spécialement au Canada. Le piratage a causé leur retour. La pensée universelle du consommateur qui télécharge est la suivante : pourquoi payer 20$ pour une seule bonne chanson ? En effet, la plupart des artistes fortement touchés par le téléchargement sont les artistes populaires qui produisent une ou deux bonnes chansons pour la radio et remplissent le reste de l'album avec des fillers (anglicisme courant chez les critiques de disques français). Comprenant ce problème, la R.I.A.A. a décidé d'encourager les gens a continuer d'acheter en offrant seulement la chanson diffusée à la radio avec quelques remixes (reconstruction de la chanson originale).
D'autres initiatives
Certes, avec les pertes mentionnées plus tôt, les compagnies ne se contentent pas de demi-mesures pour contrevenir au piratage. Le principe d'encourager les auditeurs à continuer d'acheter des disques (comme avec l'arrivée des singles) est un point important. Ainsi, il n'est pas rare maintenant de se faire offrir des cadeaux à l'achat d'une nouveauté chez les disquaires. Des posters gratuits, des épinglettes, des tuques, bref, tout ce que les compagnies de disques continuent de vendre sans baisse.
La propagande est un autre outil employé par la R.I.A.A.. Chaque année, L'Association est responsable de l'organisation des Grammy Awards, gala couronnant les " meilleurs " albums et artistes musicaux dans plusieurs catégories. À chaque année depuis 1999, donc depuis la descente aux enfers de l'industrie, un représentant quelconque de la R.I.A.A. prend 5 à 10 minutes d'antenne pour lancer un discours anti-piratage et sensibiliser les gens au danger du téléchargement pour les artistes. Sur leur site web aussi, on peut retrouver ce même genre de discours manichéen et moraliste. Ils vont jusqu'à insérer parfois des messages anti-piratage dans les boîtiers de certains albums !
On opte aussi de plus en plus pour des pochettes impressionnantes avec des photos inédites. Cela privilégie un contact physique avec l'auditeur que le téléchargement ne permet pas. D'ailleurs, on y ajoute de plus en plus de portions multimédias ou un DVD à édition limitée avec des extraits de spectacles, des vidéo-clips, des entrevues et des bouffonneries.
Certains artistes prennent position dans cette guerre et participent à la campagne des compagnies de disques contre le téléchargement. C'est le cas de The music, nouveau groupe rock anglais connaissant une popularité grandissante. Avec des titres de chansons comme The dance, the people, the disco et the getaway et leur nom de groupe étant the music, il est à peu près impossible de télécharger leurs chansons sur un programme P2P. Fonctionnant par mots clés, un utilisateur qui entre " music disco " risque de se retrouver avec des milliers de fichiers disponibles et il sera difficile de trouver la chanson en question. Le groupe islandais Sigur Ros a aussi nommé son album " ( _ ) " et les pièces n'ont pas de titre. Quoi que l'étiquette MCA prétende que ce soit pour contrer le téléchargement, aucune confirmation sur cette rumeur n'a été dévoilée par le groupe.
Acheter la musique en ligne
La seule riposte des compagnies qui ne soit pas rétrograde est l'apparition des sites de téléchargement payants. En 2001, Warner Music, BMG et EMI sortaient MusicNet. Peu de temps après, Sony et Universal se sont alliés à EMI pour mettre sur pied PressPlay. Le principe est sensiblement le même : simuler un Napster payant. Pour 9,95$ par mois en dollars américains, MusicNet offre 100 téléchargements, alors que PressPlay en offre 30 avec 300 streams (écoute seulement).
Selon Benoît Bisson de Canoë, les compagnies Best Buy, Tower Records, Virgin Entertainment Group, Wherehouse Music, Hastings Entertainment Inc. et Trans World Entertainment Corp. " ont formé un projet conjoint baptisé Echo, qui fournira la technologie et leur permettra d'offrir des pièces individuelles pour téléchargement à des appareils portables et des ordinateurs " . Selon ces compagnies, les chaînes de disquaires connaissent mieux les besoins des consommateurs de musique ce qui leur assurerait un meilleur service. Évidemment, un tel projet ne verra jamais le jour sans l'approbation des compagnies de disques qui détiennent toujours les droits sur tout ce qui est enregistré. Aucun de ces projets ne connaît un quelconque succès jusqu'à aujourd'hui. Bien entendu, qui paiera pour un service qui existe déjà gratuitement et fonctionne très bien ?
Conclusion
Le téléchargement de fichiers musicaux, le MP3 et le piratage de musique via l'Internet sont des sujets qui ne laissent personne indifférent. Ils représentent la liberté d'expression pour certain, les démolisseurs de l'industrie phonographique pour d'autres. Tout le monde est touché dans cette révolution musicale, du créateur jusqu'au consommateur.
Internet représente l'avenir de la musique par sa facilité et sa rapidité de se procurer de la musique. Mais certains spécialistes ne sont pas convaincus que les habitudes implantées par les DC traditionnels peuvent être aussi facilement perdues.
Il est vrai que l'Internet offre une voie démocratique aux artistes indépendants de faire connaître leur œuvre à peu de frais. Ces artistes mal connus peuvent passer outre la voie traditionnelle et s'adresser directement aux auditeurs/internautes. Avec Internet, il n'existe virtuellement plus d'obstacle à la diffusion de chansons. Toute la production indépendante et underground peut maintenant s'afficher, se faire connaître.
Mais on ne doit pas oublier qu'il n'y a quasiment aucun filtre quant à la qualité des chansons téléchargées. Les personnes qui connaissent et possèdent un service d'hébergement spécialisé en MP3 peut lancer sa musique sur Internet. Mais n'oublions pas que la technologie ne crée pas le talent !
Or, il ne suffit pas de créer un site avec notre musique à télécharger sous forme MP3 pour que les auditeurs adoptent notre musique. Pour avoir des sous, on doit vendre notre musique. Sur Internet, les sites et logiciels de musique sont pour la grande majorité gratuits. Alors, pour gagner un peu d'argent avec notre musique, on doit vendre nos DC, mais pour que les auditeurs soient intéressés à acheter notre DC, nous devons faire de la promotion. La promotion digne d'attirer l'attention exige un budget.
Ainsi, on peut constater que la majorité des consommateurs de musique via Internet se concentre à télécharger la musique des artistes déjà connus et populaires qui ont fait une bonne promotion sur Internet et via les autres médias de communication. C'est pour cette raison que les spécialistes ne croient pas que le mouvement MP3 va remettre en cause la suprématie des grands de la musique.
Il n'est pas absolument certain que les jours du DC traditionnel sont comptés. D'un point de vue technique, il est certain que si les industries musicales mettent au point un support de stockage plus performant et moins coûteux que le DC, ce dernier cédera naturellement sa place. On a juste a penser au 45 tours qui s'est effacé devant la venue du DC.
L'avenir du DC n'est pas qu'une question technique, sa survie est intimement liée à la capacité de l'industrie musicale de faire évoluer ce concept et de le différencier des fichiers musicaux en format MP3, par exemple.
Marc-André Mongrain
Myriam Coutu
Kévin Blais
Francis Cloutier
Travail de fin de session, cours de Nouveaux Médias, printemps 2003
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