Le Droit
Arts, lundi 12 février 2007, p. 27

Une soirée à teneur réduite en... Stefie Shock

Mongrain, Marc-André

Visiblement malade, victime d'une sonorisation défaillante et déçu dans sa fibre tricolore, ce n'était pas une bonne soirée pour être Stefie Shock samedi soir. Et malgré tout, il était bien présent à la Salle Odyssée de la Maison de la culture, à offrir tout ce qu'il pouvait, incarnant à lui seul le dicton the show must go on.

On ne savait pas trop ce qu'avait Stefie Shock samedi soir mais même s'il avait essayé de nous cacher son état, nul n'aurait douté qu'il n'allait pas bien. Sa voix, déjà basse en partant, était amoindrie (voire robotique dans les refrains de Le pied dansant), ses gestes un peu lourds et on lui servait de l'eau à une cadence inusitée. "Je ne vous cacherai pas que je ne suis pas à mon meilleur ce soir", admet-il à une foule presque entièrement néophyte. Il l'a d'ailleurs sondée à ce sujet et fut surpris du nombre de mains levées. "Mais place au théâtre. Vous n'y verrez que du feu !".

On aurait dit que les gens derrière la console ont été pris de court par cette présence vocale plus faible qu'à l'ordinaire, désajustant l'équilibre des autres instruments. Résultat, la guitare de Stefie s'est aussi avérée pratiquement absente tout au long de la soirée. Personne n'a semblé juger nécessaire de corriger le tir. En somme, c'était une prestation de Stefie Shock... avec teneur réduite en Stefie.

C'est bien dommage parce qu'on n'y aurait, en effet, "vu que du feu". Pleine forme ou non, le dandy de la pop québécoise nous en donnait pour notre argent, le personnage kitsch de tombeur de ces dames époque disco établissant bien sa place. Supporté par une troupe dynamique de musiciens de haut calibre, on voyait se dérouler devant nous un spectacle préparé, bien ficelé, monté en crescendo sans temps mort. Il s'est réservé quelques moments stratégiques pour interagir avec charisme avec le public, notamment pour appeler quelqu'un en arrière-scène sur son cellulaire pour obtenir les résultats du match de hockey en cours. "5-3 Ottawa ? C'est tout ce qu'il manquait à ma soirée !", s'exprima-t-il, semant un rire sincère de l'auditoire.

Les versions live de ses tubes marchaient sur la délicate ligne entre la fidélité à la mouture originale du disque et la relecture améliorée. Le décor aurait sans doute bénéficié d'un peu plus de guitare de Stefie mais l'énergie y était néanmoins. Une version enivrante du Pied dansant a soulevé la foule. Il y est même allé de ses trois reprises endisquées : Je te réchaufferai d'Aznavour (fredonnée par la foule), le Moustique de Dassin et bien sûr, la "cochonne" Savoure le rouge d'Indochine, tous bien arrangées à la sauce Stefie Shock.

La malchance se poursuit en rappel lorsqu'il interrompt abruptement un Comme géminés pourtant bien amorcé. La guitare acoustique habituelle avait une corde en moins, semble-t-il, et était remplacée par une guitare électrique. "Bon, alors d'habitude, c'est une toune "espagnole psychédélique". Là, ce sera une toune psychédélique... tout court !", tourne-t-il à la blague.

Le public a bien apprécié l'effort soutenu, le charisme et le dévouement de Stefie qui refusait de laisser sa mauvaise soirée se refléter sur celle des gens présents. Avec un spectacle aussi bien rodé et intense, ça nous donne plutôt le goût de tenter l'expérience à nouveau lorsqu'il récidivera - en pleine forme cette fois, souhaitons-le - dans la région.

Karine Tessier, ex-Yelo Molo, assurait une première partie oubliable, avec ses chansons folk pop feutrées, mi Stéphane Lapointe, mi Ariane Moffatt, timidement présentées et chantées par une voix oscillante à la Cranberries. On ne doute pas du talent mais il y aura sans doute de meilleures occasions de le faire transparaître.

mamongrain@ledroit.com


Illustration(s) :

Stefie Shock n'était pas dans sa meilleure forme pour le spectacle qu'il a présenté, samedi soir, à la Maison de la culture de Gatineau.

Catégorie : Arts et culture
Sujet(s) uniforme(s) : Musique
Taille : Moyen, 471 mots

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Doc. : news·20070212·LT·0056