Entretien avec Rudy Caya

Au rang de légende

       Après cinq d'absence, Vilain Pingouin est de retour. L'énergétique groupe culte québécois nous offre un quatrième album intitulé Jeux de mains contenant douze classiques (dont Le train en deux versions différentes) enregistrés en spectacle en septembre dernier ainsi que quatre nouvelles compositions
 

    La formation s'est vue rehaussée par l'acquisition de deux nouveaux membres : Alain Godmer qui substitue Rodolphe Fortier à la guitare et Michel Turcotte qui comble le rôle de bassiste qu'avait occupé Michel Bertrand depuis 1998. Ce nouveau souffle du Pingouin redonne la motivation qui animait jadis Rudy Caya. " Ce qui me garde inspiré, c'est de côtoyer de bons musiciens " avoue le leader du groupe. Celui-ci admet d'ailleurs qu'il en profite pour délaisser quelque peu la guitare, se penchant davantage sur son rôle vocal au sein du groupe. " Je n'ai plus autant besoin d'être un crieur public ", explique-t-il.

   Étrangement, l'idée de faire un album live n'était pas à la base du spectacle en question. Sollicitée par de nombreux fans nostalgiques qui, dans bien des cas, étaient trop jeunes à l'époque glorieuse de Vilain Pingouin pour assister à un de leurs concerts, la formation a décidé de leur offrir ce qui devait être un spectacle radio au Studio Juste pour Rire à Montréal. Éventuellement, ce spectacle surprise allait devenir " un party de 2 jours " aux frais des membres du groupe pour finalement aboutir à l'enregistrement de l'album Jeux de mains. Les nouvelles pièces furent enregistrées peu après et l'album est sorti le 3 novembre dernier.

   De ces quatre nouvelles pièces, il est simple d'en tirer une conclusion : nous avons droit à un Pingouin qui vieillit très peu. Motivé par l'apport des nouvelles présences au sein du groupe, ces quatre récentes chansons nous offrent du Vilain Pingouin à l'ancienne avec une solidité musicale accrue et quelques influences jamais explorées avant et d'une certaine sagesse inévitable. Le simple Sortir trop tard est tout simplement un rock cru qui traite du plaisir à son état le plus brut. L'homme à la mer exploite le sujet de la solitude et de l'amertume sous forme d'histoire. La plus étonnante et intéressante des nouvelles compositions est sans doute Rien à perdre qui contient des touches de hip-hop, dont un spit (pour employer le terme branché) tantôt en anglais et en arabe, tantôt en espagnol, courtoisie de Ludo et Rachid, protégés de Rudy Caya. Cette pièce soulève subtilement le débat à propos des différences culturelles et des divers points de vue qu'elles apportent. Finalement, Petit Napoléon porte sur l'incompréhension de Caya face à ces grands maîtres de la finance qui en viennent à perdre contact avec la réalité.

   Le CD contient un numéro qui permet d'avoir accès à une section privée de leur tout nouveau site web www.vilainpingouin.com. Bien que ce geste manifeste une certaine reconnaissance pour les honnêtes consommateurs de musique, Caya avoue ne pas être totalement opposé à la " menace " du téléchargement de fichiers sur Internet. Il admet que les artistes, de toute façon, sont plutôt impuissants face à ce phénomène et qu'il vaut mieux ne pas en faire un plat.

   Avec 2 disques d'or au Québec à son actif ainsi quelques prestigieux prix Félix dont " Groupe rock de l'année " en 1991 et " Album de l'année - Rock " pour Roche et roule en 1993, Vilain Pingouin n'a plus de compte à rendre à personne. Les compromis ne font plus partis des obligations pour Vilain Pingouin. " Nos accomplissements [futures] sont plutôt au niveau artistique ", explique Caya. Certes, pour eux, la nécessité de vendre des albums n'est plus une fin en soi. Seul le plaisir de " jouer avec 4 gars qui trippent " garde la formation active en 2003. Et l'avenir ne s'arrête pas là pour Vilain Pingouin, version 2.0. Le groupe prévoit donner plusieurs spectacles dans un futur rapproché et plusieurs nouvelles chansons n'attendent qu'à être endisquées…

 

Marc-André Mongrain
La Rotonde, Volume LXXI No.9, 17 novembre 2003