Critique de spectacle
Paradis Perdu du 26 janvier au 6 février 2010
Théâtre Maisonneuve (Montréal)
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Ce mystérieux Paradis Perdu nous est enfin dévoilé. Fruit d'une
collaboration du metteur en scène Dominic Champagne (ayant oeuvré pour le Cirque
du Soleil), du biologiste et cinéaste Jean Lemire et de l'auteur compositeur
interprète Daniel Bélanger, cette méga-production multi-disciplinaire est un
délice pour l'oeil bien plus que pour l'intellect.
Désolant constat de l'incapacité de l'homme à se défaire de sa nature
belliciste, Paradis Perdu est une fable ésotérico-naturiste quinous transporte dans le rêve du dernier soldat errant d'un monde
post-apocalyptique qui tentera de rebâtir le monde en se rapprochant de la
nature.
Interprété par l'artiste de scène Rodrigue Proteau, ce guerrier devenu
"jardinier" ne parlera jamais - ni les deux personnages incarnant l'amitié et
l'amour qu'il créera à partir de la terre, d'ailleurs - laissant soin au
"Poète", un personnage halluciné à mi-chemin entre un narrateur et une
conscience personnifiée, de nous tracer le récit.
Ce "Poète", c'est Pierre Lebeau et sa bonne vieille voix graveleuse qui
convient si bien à ce genre de rôle. Rien à redire sur cette narration bien
rendue.
L'ennui, c'est que le texte de Dominic Champagne en met beaucoup trop,
décrivant chaque acte ou pensée dans une bouillie poétique agaçante.
La narration est trop lourde, inutilement omniprésente, et verbeuse à souhait
alors que les meilleurs moments du spectacle sont ces brefs instants où le
personnage (et éventuellement, ses deux complices) entre en symbiose avec
l'époustouflant environnement visuel, les effets sonores justes et la musique
enivrante de Bélanger.
Moments trop rares, hélàs.
Comme au cinéma
Dommage, parce qu'au plan visuel, on a rarement vu une production aussi parfaite
et imposante au Québec. Une esthétique singulière, précise et fine est respectée
dans cet univers créé par le biais de projections d'images signées Olivier
Goulet et de la scénographie inventive et efficace de Michel Crête.
On se croirait au cinéma, avec une saisissante utilisation du 3-D comme seul
Avatar a su nous l'offrir au Septième Art, à date. Le recours à une scène
inclinée recouverte de terre - qui, selon les projections, peut s'apparenter à
de la cendre, de la poussière, de la lave ou de l'eau - est également
judicieux.
Mais comme pour le populaire film des Na'vi, encore faut-il outrepasser le
charabia environnementaliste manichéen pour pouvoir apprécier pleinement un
univers merveilleux qui aurait sans doute pu être mis au profit d'une fable plus
intéressante.
(Marc-André Mongrain)
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