«J’aimerais mieux que le ciel tombe / Que de ralentir au cinquième disque »
crachent en chœur Guillaume Beauregard et Marie-Ève Roy du groupe
Les Vulgaires Machins sur une chanson ironiquement intitulée Une Chanson
acoustique.
L’extrait au tempo le plus rapide, de surcroît, aux guitares farouches et à
l’attitude acerbe. Une bonne toune cruellement bien tournée, qui agit comme une
savate précise sur la conscience, comme seuls Les Vulgaires Machins savent en
construire.
Crier dans les oreilles des sourds
Bien que cette pièce se retrouve au dixième rang dans la grille de chansons,
elle pourrait bien servir de préavertissement pour l'écoute de ce Requiem pour
les sourds.
Car, sachez-le, Guillaume Beauregard et ses Vulgaires Machins persistent et
signent. Ils rappliquent avec une cinquième dose de venin anti-capitaliste, de
brassage de cage des esprits qui dorment au gaz et de propos sans détour qui
miroitent l’hypocrisie et l’absurdité de notre monde néolibéral corrompu et voué
à l’échec.
Les artistes complices et l’industrie du disque sont pointés du doigt dans
Parasites. En ce qui a trait à la société et aux politiciens, aux citoyens
irresponsables et à la (sur)consommation, à l'omniprésence du sport dans notre
culture et à la publicité qui domine, les reproches sont saupoudrés à travers
l’album avec un cynisme constant.
Même l’industrie de l’alimentation en prend pour son rhume dans Texture qui
se mange. Eh oui, il est possible de chanter des paroles comme «Mes pâtes sont
trop cuites / mes oeufs goûtent la truite / il y a tellement de sel / que mes
reins abdiquent » sur un ton revendicateur!
Où est l’espoir?
Désolant tout ça? Certes. Et ils en sont conscients.
C’est d’ailleurs à ce niveau que Les Vulgaires Machins nous apportent
ailleurs : ils pointent le fusil en leur propre direction l’instant d’une
chanson (Pointer l’orage) pour adresser le cœur même de cette «rancœur sans
fin». Sans désamorcer la lourdeur des propos, il fait bon explorer les raisons
qui gardent vivant (et somme toute sain d’esprit) un être qui a fait une
carrière (d’une quinzaine d’années déjà!) à fulminer et à râler un discours
fataliste.
D’autant plus qu’on ne peut qu’apprécier le respect qu’a le bien-nommé
parolier Guillaume Beauregard pour l’intelligence de ses auditeurs. Pas besoin
de nous infantiliser, le chanteur propose une dose de sombre vérité, rassurante
pour les détracteurs de la langue de bois.
Punk 101
Sur le plan musical, les quatre complices offrent une ixième mouture du
format punk moderne. Trois ou quatre accords, des structures qui ne s’empêtrent
pas dans les fleurs du tapis et une énergie brute qui ébranle les tympans avec
la même ardeur que les textes.
À nouveau gonflés à bloc par la puissante réalisation de Gus Van Go – qui
avait signé le précédent Compter les corps – les 13 brulôts des Vulgaires
Machins sont soutenus par un imposant mur de guitares musclés et les
omniprésents rythmes rectilignes.
Tout ce qu’il faut pour faire lever un album des Vulgaires Machins!
(Marc-André Mongrain)